L’Objet du semestre

2022 (deuxième semestre)

« Salutations de Borkum ». Les cartes postales, témoins de l’antisémitisme des stations balnéaires aux XIXe et XXe siècles

Avec plus de 3 500 exemplaires, les cartes postales constituent de loin la série la plus importante de la Collection Langerman d’objets antisémites. Une majeure partie d’entre elles peut être classée dans une catégorie « humour » à l’encontre des Juifs. Il s’agit de cartes postales illustrées au contenu antisémite – répandues à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en Allemagne et dans de nombreux autres pays – qui ridiculisent les Juifs, les calomnient et les présentent comme une altérité inassimilable en raison de supposées différences physiques et culturelles.[1] Un nombre non négligeable de ces cartes de la Collection Langerman relèvent de ce que l’on peut appeler « l’antisémitisme balnéaire », une forme d’hostilité ordinaire à laquelle les touristes juifs étaient confrontés depuis les années 1870 dans différents lieux de villégiature de l’Empire allemand, entre autres.[2]
Le plus souvent, cet antisémitisme des stations balnéaires émanait davantage de vacanciers que d’éventuelles traditions antisémites locales. Cependant, dans de nombreux endroits, le comportement antisémite des clients a trouvé du soutien auprès des administrations locales des stations et des thermes et de la population locale, notamment pour des raisons économiques : en attirant un nombre croissant de touristes antisémites, l’antisémitisme des stations balnéaires était devenu une « affaire lucrative ».[3]
Cet antisémitisme ordinaire touchait particulièrement les vacanciers juifs des stations les plus récentes. Alimentés par l’essor du tourisme, ces lieux attiraient de plus en plus de clients issus de la classe moyenne et de la petite bourgeoisie, qui voulaient faire étalage de leur ascension sociale en voyageant mais qui n’avaient pas les moyens de s’offrir les hôtels coûteux des stations balnéaires établies.[4] Nombre d’entre eux considéraient les Juifs – qui, grâce à leur ascension sociale au XIXe siècle, avaient également participé au développement du tourisme – avec jalousie, les considérant comme des concurrents indésirables. Ils désignaient les Juifs comme des parvenus qu’il fallait remettre à leur place pour avoir acquis indûment une situation sociale élevée. Dans la mesure où la liberté de circulation était un droit garanti par la Constitution il n’était pas possible d’interdire aux Juifs l’accès à certains lieux, les antisémites faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour que les vacanciers juifs se sentent aussi mal que possible, et les faire fuir littéralement.

L’une des stations balnéaires qui se distinguait à cet égard, ayant déjà acquis une réputation de bastion de l’antisémitisme balnéaire dans les années 1880, était l’île de Borkum, dans la mer du Nord. Dans un guide sur l’île datant de 1897, Borkum était décrite comme « judenrein » – « vide de Juifs ».[5] Deux ans plus tard, le principal organe de presse de la communauté juive allemande, l’Allgemeine Zeitung des Judentums, publiait une liste de stations balnéaires et de lieux de villégiature où les touristes juifs n’étaient pas les bienvenus : Borkum y figurait en première place.[6] Notre « Objet du semestre » est une carte postale antisémite intitulée « Gruss aus Borkum » (« Salutations de Borkum »), publiée par E. Adami à Emden et postée à Borkum fin juillet 1901, adressée à une dénommée Hede Trümper à Berlin. Elle conjugue deux vecteurs essentiels d’expression et de diffusion de l’antisémitisme balnéaire de l’époque impériale : chants et cartes postales illustrées hostiles aux Juifs.

Carte postale illustrée antisémite « Gruss aus Borkum »
ALAVA – TU Berlin, numéro d’inventaire 7684

La face illustrée de la carte postale reproduit les paroles de la « chanson de Borkum », chantée sur l’île à partir des années 1890, sur l’air de la « Kaisermarsch Hipp, hipp, hurrah ! ».[7] Débutant par un hymne à la beauté de l’île de Borkum, le chant se termine, dans cette première version, par les vers suivants : « Mais celui qui s’approche de toi avec des pieds plats,/Avec un nez tordu et des cheveux crépus,/Ne doit pas profiter de ta plage,/Jette-le dehors ! Jetez-le dehors !/Dehors ! » D’après le sociologue Detlev Claussen, la chanson était diffusée tous les soirs dans la station balnéaire. Selon lui, il s’agissait là d’une « attraction spéciale de Borkum ».[8] Les expéditeurs de la carte postale partageaient cet avis : « Ce chant », notent-ils après avoir décrit le lieu de vacances idyllique et envoyé leurs chaleureuses salutations, « est entonné tous les soirs à 10 heures pile ici sur la plage ; tout baigneur qui souhaite s‘endormir tranquillement se doit de participer au chœur ».

Le message antisémite sans équivoque de la « chanson de Borkum » est accompagné d’une illustration tout aussi claire : une famille dont les membres sont désignés comme « juifs » par un physique caricatural difforme se voit interdire l’accès à une salle de banquet, tandis qu’à l’intérieur les curistes non juifs chantent et font la fête.
De telles cartes postales, écrit l’historien Peter Klein, « sont un support trivial mais révélateur des différentes manifestations d’antisémitisme ordinaire », elles constituent « un indicateur important – trop longtemps ignoré dans les recherches sur l’antisémitisme – de la propagation des préjugés et des stéréotypes anti-juifs ».[9] Bien que – ou précisément parce que – il reste encore beaucoup à découvrir en ce qui concerne leurs auteurs, éditeurs, contextes de production, éditions, distribution, groupes d’utilisateurs, pratiques d’utilisation et réception, ces cartes postales représentent une source particulièrement précieuse pour l’étude de l’histoire de l’antisémitisme ordinaire.
Après la Première Guerre mondiale, l’antisémitisme balnéaire s’est radicalisé. Il ne s’agissait plus seulement d’empêcher les vacanciers juifs d’accéder à certains lieux de villégiature, mais bien d’expulser les Juifs des destinations touristiques afin de créer un Empire allemand « vide de Juifs ».[10] Après l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, la situation dans les stations balnéaires s’est considérablement aggravée. Jusqu’alors, les actes malveillants à l’encontre des clients juifs venaient principalement « de la base », puis les administrations de la commune et celles des stations balnéaires nouvellement nommées ainsi que le NSDAP local sont passé à l’action, interdisant aux Juifs d’utiliser les infrastructures des stations ou même d’accéder à la plage.[11]
[1] Voir à ce propos Peter K. KLEIN, « Judenspottkarten », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 7 : Literatur, Film, Theater und Kunst, Berlin, de Gruyter Saur, 2015, pp. 228-232.
[2] Cf. Frank BAJOHR, « Bäder-Antisemitismus », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 3 : Begriffe, Theorien, Ideologien, Berlin, de Gruyter Saur, 2010, pp. 37-40, ici p. 37.

[3] Frank BAJOHR, « Unser Hotel ist judenfrei ». Bäder-Antisemitismus im 19. und 20. Jahrhundert, Francfort-sur-le-Main, Fischer Taschenbuch Verlag, 2003, p. 15 sq.

[4] Cf. Frank BAJOHR, « Das Zinnowitzlied: Ein Symbol des Bäder-Antisemitismus », dans : Hamburger Schlüsseldokumente zur deutsch-jüdischen Geschichte. Eine Online-Quellenedition, en ligne, 22 septembre 2016, https://dx.doi.org/10.23691/jgo:article-86.de.v1 [consulté le 01/02/2022].

[5] B. HUISMANN, Die Nordseeinsel Borkum einst und jetzt, Borkum, 1897, p. 119, cité dans : BAJOHR, « Unser Hotel ist judenfrei », p. 12.

[6] Cf. Michael WILDT, « “Der muß hinaus ! Der muß hinaus !” Antisemitismus in deutschen Nord- und Ostseebädern 1920-1935 », dans : Mittelweg 36 (2001) 4, pp. 3-25, ici p. 12.

[7] Cf. BAJOHR, « Das Zinnowitzlied ».
[8] Detlev CLAUSSEN, « Vertreibung aus dem Urlaubsparadies. Über den Borkumantisemitismus », dans : Helmut GOLD/Georg HEUBERGER (dir.), Abgestempelt. Judenfeindliche Postkarten. Auf der Grundlage der Sammlung Wolfgang Haney, Heidelberg, Umschau/Braus, 1999, pp. 251-255, ici p. 252.
[9] KLEIN, « Judenspottkarten », p. 229.
[10] Cf. BAJOHR, « Bäder-Antisemitismus », p. 39.
[11] Cf. WILDT, « “Der muß hinaus !” », p. 19 sq. et 23.

2021/22 (premier semestre)

L’accusation de meurtre rituel de Trente (1475) et ses conséquences

En 1989, le Vatican déclarait officiellement qu’il n’avait « jamais existé de meurtre rituel juif ».[1] Le fait que cette évidence soit encore un sujet à la fin du XXe siècle, prouve la longévité et l’importance, lourde de conséquences, qu’a fait – et fait encore aujourd’hui – peser sur les Juifs l’absurde accusation de prétendus meurtres rituels d’enfants chrétiens.
La première légende, médiévale, à évoquer un meurtre rituel est apparue en 1144 à Norwich, en Angleterre, et s’est ensuite propagée en Europe occidentale, dans les pays germanophones, en Italie du Nord,[2] en Pologne à partir du XVIe siècle, puis dans l’Empire ottoman à partir du XIXe siècle. Les accusations de meurtres rituels visant des populations juives ont régulièrement causé de violentes agressions et elles étaient souvent motivées par des intérêts matériels.[3]
La légende aberrante repose sur le fait d’accuser des Juifs d’enlever un enfant chrétien (généralement un garçon) – de préférence à Pâques –, de le torturer à la manière de la Passion de Jésus, c’est à dire dans d’atroces souffrances, afin de se moquer de la religion chrétienne[4] pour finalement l’assassiner. Le sang ainsi obtenu serait ensuite soi-disant utilisé à des fins religieuses et médicales. L’accusation de meurtre rituel constitue un fantasme de conspiration antisémite extrêmement puissant : les Juifs sont désignés comme des meurtriers inhumains, dangereux, voire même démoniaques, et comme des ennemis de la chrétienté. Dans le même temps, les victimes des prétendus meurtres rituels ont souvent été érigées en martyrs. Malgré les réfutations réitérées des principaux représentants de l’Église à propos des accusations de meurtres rituels, de nombreux lieux où se seraient déroulés, selon la légende, les prétendus assassinats se sont transformés en lieux de pèlerinage.[5]
Le dimanche de Pâques 1475, une famille juive de Trente a trouvé dans sa cave le corps du petit Simon, âgé de deux ans, un enfant qui avait disparu depuis le Jeudi saint. Elle en a informé l’évêque local, Johannes Hinderbach,[6] qui a fait procéder à l’arrestation des membres de la petite communauté juive et les a fait juger. Après des « aveux » arrachés sous la torture, les accusés ont été exécutés et leurs biens confisqués.[7]
« Le martyre de Saint Simon de Trente »
ALAVA – TU Berlin, numéro d’inventaire 7684

Ce tableau (huile sur bois, 46 x 47 cm), non signé, du prétendu meurtre rituel de Trente représente un groupe de neuf hommes et une femme, massacrant un garçon nu aux cheveux bouclés blonds. Quatre hommes barbus aux expressions sinistres maintiennent l’enfant en pleurs, agenouillé sur une table, tandis que l’un d’eux lui enfonce un couteau dans le cou, alors qu’un autre semble lui comprimer la carotide. Un personnage, agenouillé en bas de l’image, recueille dans une coupe le sang qui s’écoule. A gauche de l’image, une femme se tient debout, elle éclaire la scène d’une bougie tandis que, derrière elle, un homme barbu à l’expression fanatique semble lire un livre à haute voix. A l’arrière-plan, un personnage monte la garde devant une porte entrouverte, renforçant par là même le caractère conspirationniste de la scène.

Selon les informations dont nous disposons aujourd’hui, le tableau serait originaire du nord de l’Italie ou du sud de l’Allemagne, et daterait du milieu du XVIe siècle : lors d’une vente aux enchères à Vienne en 1929, il a été ainsi présenté comme issu de « l’école des pays alpins [Alpenlandische Schule]. Milieu du XVIe siècle ».[8] Le catalogue de la vente mentionne également, et pour la première fois, le titre « Le martyre de Saint Simon de Trente ». Huit ans auparavant, le tableau avait été vendu aux enchères avec la mention « Allemagne du Sud, vers 1550. Représentation d’un meurtre rituel ».[9] Il s’agit donc de l’objet le plus ancien de la Collection Langerman. La composition de l’image, qui semble s’inspirer d’une célèbre gravure sur bois, issue de la Chronique de Nuremberg de 1493, plaide en faveur de l’hypothèse selon laquelle le tableau se réfère effectivement au prétendu meurtre rituel de Trente.[10] Si, dans cette dernière, le supplice de Simon rappelle beaucoup plus la crucifixion de Jésus et les protagonistes y sont clairement marqués comme « Juifs » par une rouelle, la nature antisémite de cette huile sur toile tient au fait que le thème paraît référer à l’abattage rituel. 

L’accusation de meurtre rituel de Trente en 1475 revêt une importance particulière dans l’histoire de l’antisémitisme en raison du procès de l’Inquisition qui s’en est suivi.[11] L’évêque Hinderbach n’avait en effet pas vraiment l’intention d’enquêter sur la culpabilité ou l’innocence des Juifs de Trente dans la mort du petit Simon, il voulait surtout obtenir des « aveux » des détenus – en fait par la torture – afin d’apporter la preuve que du sang chrétien était bien indispensable pour des pratiques rituelles juives. La « preuve historique »[12] ainsi fournie du meurtre rituel fut largement diffusée dans toute l’Europe, par le biais de transcriptions des procès-verbaux d’interrogatoires, de poèmes, de livres et de récits, et servit de jurisprudence aux procès ultérieurs pour meurtre rituel. Les nombreuses images et gravures sur bois du prétendu meurtre rituel de Simon de Trente témoignent de sa notoriété. Parallèlement, l’évêque Hinderbach a mis en scène un culte des martyrs autour de Simon, qui n’a pris fin qu’en 1965 par un décret pontifical.[13]
L’accusation de meurtre rituel perdure sous une forme à peine différente dans l’antisémitisme moderne. On y trouve ajoutée l’idée selon laquelle le sang de victimes assassinées serait utilisé à des fins rituelles, des accusations de crime de sang, de meurtre par égorgement et de perversion sexuelle.[14] En outre, l’accusation de meurtre rituel, comme presque toutes les constantes antisémites, s’est avérée extrêmement adaptable : dans les pays marqués par l’islam, par exemple, elle a été utilisée à plusieurs reprises dans le cadre du conflit au Proche-Orient pour diaboliser l’État israélien ou plus généralement « les Juifs ».[15] Les partisans du mouvement d’extrême droite « QAnon », pour leur part, véhiculent des fantasmes impliquant une alliance secrète internationale qui procéderait au rapt et à la torture d’enfants, afin de fabriquer, à partir de leur sang, de l’Adrénochrome, une sorte d’« élixir de jouvence ». 

[1] Cité dans : Rainer ERB, « Die Ritualmordlegende: Von den Anfängen bis ins 20. Jahrhundert », dans : Susanna BUTTARONI/Stanisław MUSIAŁ (dir.), Ritualmord. Legenden in der europäischen Geschichte, Vienne, Böhlau, 2003, pp. 11-20, citation p. 19.

[2] À propos de l’apparition et de la diffusion des accusations de meurtre rituel avant 1475 voir Wolfgang TREUE, Der Trienter Judenprozeß. Voraussetzungen – Abläufe – Auswirkungen (1475–1588), Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 1996, pp. 33-40.

[3] Cf. ERB, « Die Ritualmordlegende », p. 13.

[4] Voir TREUE, Der Trienter Judenprozeß, p. 30.

[5] Cf. ERB, « Die Ritualmordlegende », p. 12 sq. ; Rainer ERB, « Ritualmordbeschuldigung », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 3 : Begriffe, Theorien, Ideologien, Berlin, de Gruyter Saur, 2010, pp. 293-294 ; Anna ESPOSITO, « Das Stereotyp des Ritualmordes in den Trienter Prozessen und die Verehrung des “Seligen“ Simone », dans : Susanna BUTTARONI/Stanisław MUSIAŁ (dir.), Ritualmord. Legenden in der europäischen Geschichte, Vienne, Böhlau, 2003, pp. 131-172, ici p. 133.

[6] Cf. David L. DAHL, « Ritualmordvorwurf in Trient (1475) », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 4 : Ereignisse, Dekrete, Kontroversen, Berlin, de Gruyter Saur, 2011, pp. 356-358, ici p. 356 sq.

[7] Cf. Diego QUAGLIONI, « Das Inquisitionsverfahren gegen die Juden von Trient (1475–1478) », dans : Susanna BUTTARONI/Stanisław MUSIAŁ (dir.), Ritualmord. Legenden in der europäischen Geschichte, Vienne, Böhlau, 2003, pp. 85-130, ici p. 91.

[8] Auktionshaus C. J. WAWRA/Auktionshaus GLÜCKSELIG/Kunsthändler Richard LEITNER (éd.), Versteigerung der hinterlassenen Sammlung des Herrn Emil Weinberger Wien, Vienne, 1929, p. 115, lot 460.

[9] Albert WERNER/Alfred WAWRA (éd.), Versteigerung einer hervorragenden Sammlung von Gemälden alter und neuer Meister sowie von Kunst und Kunstgewerbe des 14. bis 18. Jahrhunderts, Vienne, 1921, p. 62, lot 652.

[10] Cf. Hartmann SCHEDEL, Register des Buchs der Croniken und Geschichten mit Figuren und Pildnussen von Anbeginn der Welt bis auf dise unnsere Zeit, Nuremberg, Anton Koberger, 1493, p. CCLIV. Consultable en ligne : https://doi.org/10.11588/diglit.8305#0500.

[11] Voir pour plus de détails : QUAGLIONI, « Das Inquisitionsverfahren » ; TREUE, Der Trienter Judenprozeß.

[12] QUAGLIONI, « Das Inquisitionsverfahren », p. 100.

[13] Cf. DAHL, « Ritualmordvorwurf in Trient », p. 357 sq. ; QUAGLIONI, « Das Inquisitionsverfahren », p. 86 ; ESPOSITO, « Das Stereotyp », pp. 143-153.

[14] Cf. ERB, « Die Ritualmordlegende », p. 15.
[15] Voir ibid., p. 12 et 18 sq., note 1. Sur la légende du meurtre rituel dans les pays marqués par l’islam, voir à titre d’exemple : Malte GEBERT, « Fatir Ziun (Mustafa Tlas, 1983) », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 6 : Publikationen, Berlin, de Gruyter Saur, 2013, pp. 196-197.

2021 (deuxième semestre)

Le mythe du « Juif errant » et sa représentation dans l’art et la culture

Cette sculpture massive en bronze de plus de cinquante centimètres de hauteur, réalisation de 1919 du sculpteur belge Alfons De Wispelaere, représente un homme barbu, vêtu d’une tunique traditionnelle et d’une cape, chaussé de sandales, debout sur un rocher. Il porte des papillotes, un couvre-chef qui rappelle la kippa et il s’appuie de la main droite sur un bâton de pèlerin. Son faciès est significatif : un nez crochu proéminent et des traits du visage difformes qui donnent à l’homme une expression tourmentée et, en même temps, malicieuse et sournoise. La cape flottante, les pieds nus et le bâton évoquent une représentation de la figure mythique du « Juif errant » ou « Juif éternel ».[1] Sa physionomie stigmatisante, supposée « juive », présente les caractéristiques typiques des stéréotypes issus de la plus pure tradition des représentations antisémites.[2]
Né à Bruges en 1879, Alfons De Wispelaere est issu d’une famille de sculpteurs spécialisés en art religieux chrétien. Les De Wispelaere ont réalisé de nombreuses sculptures, des statues, des décorations et du mobilier, destinés principalement à des églises, cathédrales et chapelles de Belgique, mais aussi d‘Europe et des États-Unis. Au-delà des commandes ecclésiastiques, cette famille effectuait aussi des travaux de décoration intérieure profane. On ignore tout des conditions concrètes de production, de l’usage prévu et de la provenance de notre « Objet du semestre ». Alfons De Wispelaere est décédé en 1957 à Bruges, sa ville natale.[3]
Sculpture en bronze représentant la figure mythique du « Juif errant »
ALAVA – TU Berlin, numéro d’inventaire 8910

Une légende médiévale évoque le « Juif errant » comme un personnage qui aurait refusé de laisser le Christ se reposer, sur le chemin de la crucifixion, devant sa maison et qui aurait été condamné à errer sur terre pour toujours. Dans un écrit anonyme de huit pages, intitulé Kurtze Beschreibung und Erzehlung von einem Juden mit Namen Ahasverus publié en 1602 dans le contexte du mouvement de la Réforme protestante, l’homme jusque-là sans nom apparaît sous les traits d’un cordonnier juif nommé Ahasvérus.[4] Ce pamphlet redoutable a été réimprimé à plusieurs reprises, y compris au XVIIe siècle. Traduit dans de nombreuses langues, il a été largement diffusé en Europe.[5]

A la même époque, une tradition orale de contes s’est développée, relatant la présence du « Juif errant » dans différentes contrées. Ce faisant, les liens supposés entre Ahasvérus, les souffrances et la mort du Christ se sont peu à peu estompés, tandis que le motif d’une errance sans fin domine, devenant un « paradigme du destin de son peuple ».[6]

C’est là que réside l’importance de la légende d’Ahasvérus dans le développement de l’hostilité envers les Juifs. La figure du « Juif errant », symbolisant de moins en moins un individu précis, est devenue le symbole du peuple juif diasporique tout entier.[7] Les Juifs furent alors collectivement considérés comme d’éternels étrangers, comme des cosmopolites ou comme une « nation dans la nation » qui – quelles que soient leur nationalité, leur situation sociale et leur investissement patriotique – ne pouvaient appartenir à aucune nation : on leur reprochait d’avoir développé une loyauté supranationale envers leurs frères et sœurs dans la foi, où qu‘ils se trouvent.[8] Dans la perspective antisémite, l’idée de « l’errance éternelle » a été et demeure à prendre en compte comme une indication de l’immuabilité et de l’impénitence éternelles des « Juifs » à l’égard de la doctrine chrétienne,[9] et comme « preuve » de l’existence de traits « raciaux » et donc supposés immuables. Comme d’autres mythes et stéréotypes antisémites, la figure du « Juif errant » s’est adaptée à une grande diversité de contextes culturels et historiques, du Moyen Âge à nos jours.

Les nationaux-socialistes ont fait appel à l’image du « Juif errant » de manière relativement déconnectée de la légende d’Ahasvérus, comme un moyen de « personnifier la judéité », et comme une image repoussoir stigmatisant collectivement les Juifs.[10] L’affiche de l’exposition nazie « Der ewige Jude », inaugurée à Munich en novembre 1937, représentait un personnage sinistre portant d‘une main un fouet, de l’autre main des pièces de monnaie et une représentation cartographique du bolchévisme ; ce document reste à ce jour un exemple typique d’illustration antisémite. L’exposition nazie, ainsi que le film de propagande éponyme datant de 1940, faisaient appel aux instincts les plus bas des spectateurs en comparant les Juifs à des rats et en présentant des scènes brutales d’abattage rituel.[11] L’objectif était de créer une « contre-image » répugnante à opposer à l’« Aryen créateur de valeurs ». La construction du « Juif errant » nomade et profiteur aspirant à la domination du monde a ainsi ouvert la voie au meurtre des Juifs d’Europe.

Quant à la figure d‘Ahasvérus, condamné selon la légende à l‘errance éternelle, elle n‘a pas été universellement interprétée comme antisémite.[12] Elle a inspiré au fil des siècles de nombreux écrivains et philosophes, juifs et non juifs, de Johann Wolfgang von Goethe à Arthur Schopenhauer ou encore Ludwig Börne ou Egon Erwin Kisch.[13] Il en va de même pour les arts picturaux, où l‘on trouve une représentation antisémite du « Juif errant » dans la monumentale huile sur toile de Wilhelm Kaulbach « La destruction de Jérusalem par Titus » (1846) mais aussi une toute autre interprétation, dans quelques célèbres dessins de Marc Chagall.[14]

[1] Pour un aperçu des représentations artistiques de la figure du « Juif errant », voir : Richard I. COHEN, « The “Wandering Jew” from Medieval Legend to Modern Metaphor », dans : Barbara KIRSHENBLATT-GIMBLETT/Jonathan KARP (dir.), The Art of Being Jewish in Modern Times, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2008, pp. 147-175.

[2] Sur l’histoire des formes de représentations antisémites et la construction de la « physionomie juive », voir : Peter K. KLEIN, « “Jud, dir kuckt der Spitzbub aus dem Gesicht !” Traditionen antisemitischer Bildstereotypen und die Physiognomie des ‚Juden‘ als Konstrukt », dans : Helmut GOLD/Georg HEUBERGER (dir.), Abgestempelt. Judenfeindliche Postkarten. Auf der Grundlage der Sammlung Wolfgang Haney, Heidelberg, Umschau/Braus, 1999, pp. 43-78.

[3] Voir l’entrée « De Wispelaere – een Brugs kunstenaarsgeslacht » sur le blog de la maison de vente aux enchères brugeoise Rob Michiels Auctions, s. d., https://www.rm-auctions.com/nl/blog/de-wispelaere—een-brugs-kunstenaarsgeslacht- [consultée le 06/05/2021].

[4] Voir Mona KÖRTE, « Ahasverus », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 3 : Begriffe, Theorien, Ideologien, Berlin, De Gruyter Saur, 2010, pp. 3-6, citation p. 3.

[5] Voir Wolfgang BENZ, « Der ewige Jude ». Metaphern und Methoden nationalsozialistischer Propaganda, Berlin, Metropol, 2010, p. 9.

[6] Stefan ROHRBACHER/Michael SCHMIDT, Judenbilder. Kulturgeschichte antijüdischer Mythen und antisemitischer Vorurteile, Reinbek, Rowohlt, 1991, p. 249.

[7] Voir BENZ, « Der ewige Jude », p. 10.

[8] Voir, pour exemple : Dominique SCHNAPPER, « Le Juif errant », dans : Yves LEQUIN (dir.), Histoire des étrangers et de l’immigration en France, Paris, Larousse, 1992, pp. 363-377 ; Michael WOOLF, « The Wandering Jew », dans : Frontiers. The Interdisciplinary Journal of Study Abroad 30 (2018) 1, pp. 20-32.

[9] Voir KÖRTE, « Ahasverus », p. 4.

[10] Voir BENZ, « Der ewige Jude », p. 12 sq.

[11] À propos du film de propagande national-socialiste « Der ewige Jude », voir BENZ, « Der ewige Jude », pp. 139-157.

[12] Voir pour exemple Galit HASAN-ROKEM, « Ahasver », dans : Dan DINER (dir.), Enzyklopädie jüdischer Geschichte und Kultur. Vol. 1 : A-Cl, Stuttgart, J.B. Metzler, 2011, pp. 9-13.

[13] Voir Mona KÖRTE, Die Uneinholbarkeit des Verfolgten. Der Ewige Jude in der literarischen Phantastik, Francfort-sur-le-Main, Campus, 2000.

[14] Voir COHEN, « The “Wandering Jew” from Medieval Legend to Modern Metaphor », pp. 153-174.

2020/21 (premier semestre)

De l’empoisonnement des puits au Moyen-Âge au COVID-19 : les fantasmes de conspiration antisémite par temps de pandémies

En mai 2020 – lors du premier pic de pandémie de COVID-19 en Europe – un sondage réalisé par des psychologues cliniciens de l’Université d’Oxford montre que près de 20 % de la population britannique est d’accord, tout ou en partie, avec l’affirmation « Les Juifs ont créé le virus pour faire s’effondrer l’économie dans un but lucratif ».[1]

Cette enquête nous révèle à quel point les stéréotypes antisémites sont modelables et adaptables à travers les siècles. Le mythe des Juifs responsables et profiteurs des maladies est un thème récurrent du discours judéophobe depuis le XIVème siècle. Les épidémies telles que la lèpre, la peste, le choléra, le typhus, la grippe H1N1, le virus Ebola, la grippe aviaire, le SRAS et le COVID-19 offraient et offrent toujours une fenêtre de tir aux fantasmes conspirationnistes antisémites qui présentent les Juifs comme des fauteurs de troubles, des déclencheurs et profiteurs de crises et comme responsables de tous les maux.

Un mythe particulier, celui du « Juif empoisonneur de puits » s’est transmis en tant que motif central, du Moyen-Âge à nos jours et il est régulièrement réactivé, en particulier en temps de crise. Notre « Objet du semestre » en montre une représentation visuelle, apparue à la fin du XIXe siècle dans une édition illustrée de l’œuvre majeure et épaisse de près de mille pages du plus influent des antisémites français de son époque, Édouard Drumont : La France juive (figure 1).[2]

Fig. 1 : Lithographie d’un prétendu empoisonnement de puits
Dans : Édouard Drumont, La France juive, voir note n° 2

Sur fond d’une scène de village, on voit trois personnages groupés autour d’une fontaine. Un homme à gauche, aux membres bandés, apparaît comme lépreux. Un second personnage, au milieu, dont il est vraisemblablement voulu qu’il soit également identifié comme lépreux à cause des chiffons à ses pieds, verse dans le puits un liquide provenant d’une cruche qui ressemble à un aquamanile – un récipient utilisé par les Juifs pour les ablutions rituelles. À distance des lépreux, un homme en tenue sombre se révèle comme l’instigateur, qui semble superviser l’action clandestine. Cette dernière figure concentre plusieurs constantes des représentations antisémites. Il est affublé d’un « type juif » : un long nez légèrement crochu, ce qui est visuellement accentué par les coins de sa bouche et sa barbe couvrante à quoi s’ajoute une expression qui peut paraître sournoise. Contrairement aux deux autres personnages, qui portent à la ceinture une pochette typique du Moyen-Âge, « le Juif » se voit attribuer un sac d’argent : une allusion directe au vieux stéréotype antisémite de la prétendue richesse des Juifs et de leur avidité.

L’origine, la provenance et les conditions de réalisation de la lithographie sont floues.[3] Mais il n’y a aucun doute sur l’interprétation que Drumont en fait et qui est formulée sans équivoque dans la légende : « Les Juifs avaient organisé une conspiration de lépreux pour empoisonner les fontaines ». Drumont fait ainsi référence à une rumeur antisémite qui s’est répandue à partir de 1321 dans le sud de la France, selon laquelle les Juifs auraient secrètement instrumentalisé les lépreux et les auraient payés pour empoisonner les sources et les puits afin de se venger des chrétiens, en les décimant par la contamination.[4] Ce mythe s’est révélé extrêmement tenace et adaptable au cours des décennies et des siècles suivants.[5] Il a régulièrement été réactivé lors de différentes épidémies et a servi de prétexte – comme en 1348/49 lors de la grande épidémie de peste en Europe – à des déchaînements de violences contre les populations juives.[6]

À ce jour, la pensée conspirationniste antisémite est toujours aussi répandue à travers le monde et elle réapparaît, depuis le début de la pandémie COVID-19, sur d’innombrables blogs, imageboards et médias sociaux – souvent sous la forme de mèmes Internet, caricatures et de photomontages.[7] Le même antisémite du « Happy Merchant », issu, à l’origine, du mouvement d’extrême droite américain « White Supremacist » dans les années 2000, est particulièrement répandu. Il apparaît sur la Toile sous d’innombrables variantes, principalement sur les plateformes 4chan, 8kun, Gab, Telegram et Reddit, et sert des fantasmes de conspiration allant de l’antijudaïsme chrétien et des formes racistes à la négation de la Shoah et à l’antisionisme antisémite.

La caricature à la Stürmer affiche un visage grimaçant avec un nez surdimensionné, le personnage porte une large barbe négligée et une kippa, rie sournoisement en se frottant les mains en perspective des bénéfices attendus (voir ici). Affublé d’une seringue et d’un panneau d’avertissement ambigu, il représente – comme le prétendu « Juif empoisonneur » d’autres temps – un moyen aisé de désigner « les Juifs » comme les boucs émissaires de la crise mondiale causée par la pandémie COVID-19, en fournissant une explication simpliste à des faits complexes et difficiles à déchiffrer et insinuant que « les Juifs » auraient propagé le virus afin de profiter de la crise et du vaccin à développer.

Il apparaît clairement, une fois de plus, que les stéréotypes et le conspirationnisme antisémites s’adaptent, au fil du temps et réapparaissent sous de nouvelles formes. Pour preuve, le vieux mythe de l’empoisonnement des puits réactivé non seulement structurellement mais aussi presque littéralement, dans les déclarations de l’auteur culinaire allemand Attila Hildmann en mai 2020. L’autoproclamé « résistant » à la prétendue conspiration du COVID-19 se définit comme la figure de proue des Hygiene-Demos (« manifestations d’hygiène ») dénonçant les mesures de protection pour contenir la pandémie. Il a affirmé sur son compte Telegram que des sédatifs avaient été mélangés à l’eau potable et qu’il était « EXTRÊMEMENT fatigué depuis deux jours ».[8] Le lien entre ce fantasme et les stéréotypes antisémites est devenu évident pas plus de quelques semaines plus tard, lorsque Hildmann s’est répandu sur Internet dans des délires antisémites.[9]

[1] Daniel FREEMAN (et al.), « Coronavirus Conspiracy Beliefs, Mistrust, and Compliance with Government Guidelines in England », dans : Psychological Medicine, en ligne, 21 mai 2020, https://doi.org/10.1017/S0033291720001890 [consulté le 16/06/2020], p. 6.

[2] Édouard DRUMONT, La France juive. Essai d’histoire contemporaine. Édition illustrée de scènes, vues, portraits, cartes et plans d’après les dessins de nos meilleurs artistes, Paris, H. Gautier, sans date, p. 145. ALAVA – TU Berlin, numéro d’inventaire 7800. La première édition de La France juive (non illustrée) fut publiée en 1886. Voir Bjoern WEIGEL, « La France Juive (Édouard Drumont, 1886) », dans : Wolfgang BENZ (dir.), Handbuch des Antisemitismus. Judenfeindschaft in Geschichte und Gegenwart. Vol. 6 : Publikationen, Berlin, de Gruyter Saur, 2013, pp. 215-217.

[3] Cette lithographie est signée « NAVELLIER-MARIE. S. ». Cela renvoie vers les graveurs Narcisse Navellier et Alexandre Léon Marie qui, durant la seconde moitié du XIXe siècle, ont produit d’innombrables gravures pour des publications de tout genre. Pour le moment, il n’est pas établi si cette lithographie a été une commande de Drumont pour La France juive, ou si Navellier et Marie l’ont réalisée dans un autre contexte. Il est par ailleurs vraisemblable qu’ils ont travaillé à partir du dessin d’un autre artiste, pour l’heure inconnu.

[4] Voir Édouard DRUMONT, La France juive, pp. 147-152. Voir également : Stefan ROHRBACHER/Michael SCHMIDT, Judenbilder. Kulturgeschichte antijüdischer Mythen und antisemitischer Vorurteile, Reinbek, Rowohlt, 1991, p. 196.

[5] D’après le médiéviste Johannes Heil ce mythe était d’une « importance majeure pour la construction du récit conspirationniste ». Voir Johannes HEIL, « Gottesfeinde » – « Menschenfeinde ». Die Vorstellung von jüdischer Weltverschwörung (13. bis 16. Jahrhundert), Essen, Klartext, 2006, p. 283.

[6] Voir František GRAUS, Pest – Geißler – Judenmorde. Das 14. Jahrhundert als Krisenzeit, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1987.

[7] Une vue d’ensemble se trouve, à titre d’exemple, dans les dossiers suivants : ANTI-DEFAMATION LEAGUE, « Coronavirus Crisis Elevates Antisemitic, Racist Tropes », en ligne, 17 mars 2020, https://www.adl.org/blog/coronavirus-crisis-elevates-antisemitic-racist-tropes et COMMUNITY SECURITY TRUST, « Coronavirus and the Plague of Antisemitism. Research Briefing », en ligne, 8 avril 2020, https://cst.org.uk/data/file/d/9/Coronavirus%20and%20the%20plague%20of%20antisemitism.1586276450.pdf [consultés le 16/06/2020].

[8] Voir le profil Telegram d’Attila Hildmann, publication du 9 mai 2020 [consulté le 04/06/2020].

[9] Voir Sebastian LEBER, « Attila Hildmann gibt Juden die Schuld – und verteidigt Hitler », dans : Der Tagesspiegel, en ligne, 19 juin 2020, https://www.tagesspiegel.de/themen/reportage/antisemitismus-im-netz-attila-hildmann-gibt-juden-die-schuld-und-verteidigt-hitler/25930880.html [consulté le 19/06/2020].